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Le début de difficultés majeures pour le financement des pays du Sud

17/07/2020 17h34 • Lu 1144 fois
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Après l'appel de plusieurs ONG internationales, le directeur général de l'Agence française de développement veut marquer un tournant dans la finance publique mondiale pour allier relance économique et impératifs écologiques.

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Rémy Rioux. Photo Alexandre Salle de Chou. AFD.

Se regrouper pour mieux financer. C'est ce qu'appelle de ses vœux Rémy Rioux, directeur général de l'Agence française de développement (AFD) et président du Club international de la finance du développement (IDFC). Avec le premier sommet mondial des banques publiques de développement, appelé « Finance en commun » et organisé en novembre à Paris (https://financeincommon.org/), son président espère parvenir à une convergence de ces institutions internationales, et de leur énorme poids financier, pour accompagner la relance économique tout en accélérant la transition écologique.

« Rare moment international de haut niveau en 2020, alors que la COP 26 est reportée d'un an, ce sommet ne doit pas être un énième coup d'épée dans l'eau, appellent 130 ONG françaises et internationales dans une lettre envoyée(https://reseauactionclimat.org/sommet-finance-en-commun-ong-interpellent-emmanuel-macron/) à Rémy Rioux et Emmanuel Macron le 3 juillet. L'enjeu est crucial car les 450 institutions conviées représentent des volumes de financements colossaux, à hauteur de 2 300 milliards de dollars [2 017 milliards d'euros, ndlr] d'engagements financiers chaque année. » En réponse, le directeur de l'AFD assure qu'il portera cette ambition en novembre.

Quels obstacles existe-t-il pour permettre une relance économique verte dans les pays en développement ?

Les deux agendas diplomatiques sur le climat et les Objectifs de développement durable onusiens sont en train de converger et de s'accélérer. Avec la crise financière actuelle, il apparaît clairement que les pays en développement ne bénéficient pas des marges de manœuvre budgétaires dont profitent les pays européens ou d'Amérique du Nord. C'est pourquoi il est urgent et nécessaire de leur apporter plus de liquidités pour les aider à se relever et à se transformer. Et impératif de mettre en place des mécanismes pour que ces liquidités se transforment en projets concrets, au bénéfice des populations, là où il y en a le plus besoin.

Les 18 et 19 juillet, les ministres des Finances du G20 se réuniront, justement, pour avancer sur la proposition de moratoire sur la dette des pays les plus pauvres, afin de les aider à faire face aux dépenses imprévues causées par la crise du Covid-19. Nous sommes au début de difficultés majeures pour le financement des pays du Sud.

Qu'attendez-vous du sommet « Finance en commun » ?

Pour la première fois, le 12 novembre à Paris, à l'invitation du Président et avec le soutien des ministres des Affaires étrangères et des Finances, nous allons inviter l'ensemble des banques publiques de développement, qu'elles soient nationales, régionales, internationales ou multilatérales. Nous serons, nous l'espérons, 450, représentant 10% de l'investissement mondial public et privé, soit 2 300 milliards de dollars par an. Si on arrive à améliorer la qualité de ces financements publics, en les orientant mieux vers le climat et les Objectifs de développement durable, et d'abord dans les pays les plus pauvres, cela peut avoir un effet systémique sur les autres acteurs financiers. C'est l'objectif inscrit dans l'article 2.1.c de l'accord de Paris (https://unfccc.int/files/meetings/paris_nov_2015/application/pdf/paris_agreement_english_.pdf) et c'est le sens du 17 objectif https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable).

Ce sommet permettra d'ouvrir, je l'espère, une séquence internationale très active avec, ensuite, les sommets diplomatiques qui ont dû être reprogrammés en 2021, comme la COP 15 sur la biodiversité de Kunming, en Chine, le Forum Génération égalité à Paris, puis la COP 26 sur le climat de Glasgow.

L'objectif de « Finance en commun » sera de réussir à publier une déclaration conjointe, avec peut-être l'engagement de tous ces acteurs à aligner leurs activités sur l'accord de Paris sur le climat. Et aussi de voir émerger une coalition de banques de développement progressistes qui irait plus loin dans certains domaines, comme l'arrêt des financements aux énergies fossiles. C'est le défi que je me suis fixé, en tant que président du club des banques de développement IDFC. Si on y arrive - et la société civile est vigilante -, il faudra aussi que les gouvernements nous accompagnent.

Les pays développés vont-ils respecter leur engagement de consacrer 100 milliards de dollars par an, à partir de 2020, pour aider les pays en développement à faire face au dérèglement climatique ? Une promesse faite lors de la COP de Copenhague en 2009...

Il faut deux ans pour obtenir une évaluation de ces financements climat. Nous n'aurons donc la réponse qu'en 2022 pour 2020. Mais il est très possible qu'on y arrive. En 2017, ces financements atteignaient déjà 71,2 milliards de dollars.

L'agence que je dirige a consacré 6,1 milliards d'euros à des projets favorables à la lutte contre le dérèglement climatique l'an dernier, dépassant ainsi les engagements pris par la France lors de la COP 21 à Paris, soit 5 milliards d'euros par an à partir de 2020. Cela représente un peu moins de 10% du total actuel de la finance climat estimé.

Enjeu majeur, nous avons aussi doublé les financements consacrés à l'adaptation face aux conséquences du dérèglement du climat pour atteindre 1,8 milliard d'euros en 2019. Maintenant, nous nous concentrons sur comment mieux allier nos objectifs de protection de la biodiversité avec ceux sur le climat.

Attention, même si on atteint les 100 milliards de dollars à l'échelle mondiale, il faudra encore augmenter la part des financements publics qui vont à l'adaptation et, surtout, celle qui parvient au continent africain. C'est encore loin d'être suffisant.

Lors du sommet Finance en commun, comptez-vous promouvoir une vision « do not harm » (« ne pas être néfaste ») ou garantir que chaque financement est bénéfique aux enjeux environnementaux ?

A l'AFD, nous n'aimons pas la formule « do not harm ». L'urgence est d'apporter une contribution positive. Et vite ! Les instruments publics ont pour rôle de sortir du statu quo. Dans le questionnaire qu'ont rempli les institutions invitées au sommet, 76% ont dit envisager de désinvestir des secteurs qui ne sont pas cohérents avec les trajectoires bas carbone. C'est encourageant. Les banques publiques ont aussi une forte marge de manœuvre pour créer plus d'effets de levier sur la mobilisation de financements privés pour le climat.

Nous vivons un moment unique dans l'histoire par l'ampleur et la simultanéité de cette crise, qui est à la fois sanitaire, économique, sociale et environnementale. C'est l'occasion de créer de nouvelles alliances et de tracer de nouvelles trajectoires financières, à même de garantir plus de cohérence et de résilience pour l'avenir.

Aude Massiot
www.liberation.fr

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