Section 17 : Inventaire permanent en comptabilité générale
Le SYSTÈME COMPTABLE OHADA, à l'instar du "modèle continental" de
comptabilité, sépare la comptabilité générale et la comptabilité analytique de
gestion. C'est dans cette dernière que sont normalement suivis les stocks de
l'entreprise dans le cadre d'une utilisation systématique des "inventaires
permanents".
Toutefois, il est possible de tenir les comptes d'inventaire permanent en
comptabilité générale dans le cadre des comptes ouverts dans le plan de
comptes. Le chapitre relatif au "Contenu et fonctionnement des
comptes" indique le jeu des comptes de stocks (classe 3) en distinguant les
deux cas de tenue de ces comptes :
en inventaire
permanent ;
en inventaire
intermittent.
A — ORGANISATION ET CONTRAINTES
1. En cours d'exercice
La tenue et le suivi permanent de comptes de stocks reposent :
sur un
suivi exhaustif
en quantités et en valeurs des entrées et des sorties des différents
stocks de biens achetés (marchandises, matières premières, fournitures et
approvisionnements divers) et de biens produits (produits fabriqués,
produits intermédiaires, produits résiduels, produits en cours). Il faut aussi
suivre les "services en cours" en cas de production de services
(exemple : études...) ;
sur des
procédures
strictes de calcul et de valorisation des coûts, telles qu'elles sont
définies en "comptabilité analytique de gestion".
Les entreprises peuvent choisir, à leur convenance, les types de coûts et
les méthodes de valorisation les mieux adaptées à leur politique, à leur
organisation et à leur structure.
Elles peuvent en particulier tenir les inventaires permanents :
en coûts variables, en
coûts directs, en coût marginal ;
en recourant à tout système
de prix internes de leur choix (coût de remplacement, incorporation de
charges supplétives ou de substitution, etc.).
2. En fin d'exercice
Les stocks devront être ramenés à des montants respectant les normes de
méthode de calcul et d'évaluation définies dans le SYSTÈME COMPTABLE OHADA pour
la présentation au bilan :
expression des coûts dans
la méthode du coût complet
réel, incluant en conséquence des
charges externes mais aussi des charges internes, des charges directes
mais aussi des charges non directes raisonnablement rattachées ;
valorisation conforme aux
méthodes autorisées :
exclusion de toute charge
non "réelle". Exemple : rémunération théorique des capitaux
propres ;
exclusion des pertes et gaspillages,
hormis ceux qui sont statistiquement et techniquement normaux ;
exclusion des surcoûts de
sous-activité ;
exclusion des frais de
recherche et de développement.
Si, durant l'exercice, l'entreprise utilise d'autres méthodes, comme c'est
souvent le cas, elle procédera en fin d'exercice aux corrections nécessaires.
B — TENUE DES COMPTES
1. Principe
Le respect des dispositions de l'Acte uniforme rend incontournable
l'enregistrement chronologique des opérations pour leurs montants
effectifs :
au débit et au crédit des
différents comptes de tiers et de trésorerie (contrainte juridique), et
des autres comptes de situation ;
au débit et au crédit des
différents comptes de gestion (contrainte économique... devenue juridique
par le biais de l'Acte uniforme ; article 17).
La comptabilité générale doit donc enregistrer les opérations dans les
divers comptes des classes 1 à 8, qu'elle soit organisée en inventaire
intermittent ou en inventaire permanent.
En plus de ces enregistrements, la comptabilité générale notera dans les
comptes de la classe 3 (qui ne fonctionnent pas durant l'exercice, en
"inventaire intermittent") toutes les entrées et les sorties de
stocks.
Le montant de ces mouvements sera déterminé soit à l'aide d'une
"comptabilité analytique de gestion", soit à l'aide de calculs de
coûts sur des bases arithmétiques et statistiques faibles ; cette seconde
technique devant être l'exception, car elle ne présente pas les garanties
apportées par la comptabilité analytique.
La contrepartie comptable des entrées et des sorties de stocks sera faite
par l'intermédiaire des comptes de "variation de stocks" qui
fonctionnent comme des correcteurs de charges et de produits :
en inventaire intermittent,
ces comptes de variations (603, 73) n'interviennent qu'en fin d'exercice
pour enregistrer l'annulation du stock initial et constater le montant du
stock final ;
en inventaire permanent,
c'est de façon continue qu'ils enregistrent les entrées et les sorties
(par contrepartie des mouvements des stocks).
a) Entrées en stocks
BIENS ACHETES
|
Débits :
|
31 – Marchandises
|
|
|
32 – Matières premières et
|
|
|
fournitures liées
|
|
|
33 – Autres approvisionnements
|
|
|
|
Crédit :603
–
|
Variations des stocks de biens achetés
|
Ce crédit du compte 603, s'inscrivant dans les charges en négatif, vient
corriger en moins les charges d'achats. Toutes choses égales par ailleurs, il
augmente donc le résultat. L'écriture constate ainsi que des charges consommées
se sont transformées en stocks détenus (entrées en stocks).
BIENS et SERVICES PRODUITS
Débits : 34 – PRODUITS EN COURS
32 – PRESTATIONS DE SERVICES EN COURS
36 – PRODUITS FINIS
37 – PRODUITS INTERMEDIAIRES ET
RESIDUELS
Crédit : 73 – Variations des stocks de biens ET DE SERVICES
PRODUITS
Ce crédit du compte 73, s'inscrivant dans les produits en addition, vient
corriger en augmentation les produits (la production). Toutes choses égales par
ailleurs, il augmente le résultat. L'écriture constate ainsi qu'une production
a été créée par l'entreprise (entrées en stocks).
b) Sorties de stocks
BIENS ACHETES
Ecriture précédente inversée.
Le débit du compte 603, charge positive, vient corriger en augmentation les
charges d'achats. Toutes choses égales par ailleurs, il diminue donc le
résultat. L'écriture constate ainsi une consommation de charges sous forme de
sorties de stocks.
BIENS PRODUITS
Ecriture précédente inversée.
Le débit du compte 73, produit négatif, corrige en diminution les produits
(la production). Toutes choses égales par ailleurs, il diminue donc le
résultat. L'écriture constate ainsi que cette production précédemment
"entrée", est ressortie pour alimenter une production
"aval" (en-cours) ou les ventes (produits fabriqués, produits
intermédiaires et produits résiduels).
2. Jeu des comptes
a) En cours d'exercice
Les comptes 31, 32, 33, 36 et 37 fonctionnent comme des comptes de
magasin :
débités des entrées par le
crédit des comptes 603 et 73 ;
crédités des sorties par
le débit des comptes 603 et 73.
Ces mouvements incluent également les "différences d'inventaire"
constatées en fin d'exercice.
Ainsi :
tout au long de
l'exercice, les comptes de stocks 31, 32, 33, 36 et 37 sont-ils tenus à
jour (inventaire permanent), les écritures de leurs mouvements s'ajoutant
à celles de l'enregistrement des charges et des produits dans la comptabilité
générale ;
en fin d'exercice la somme
algébrique des mouvements des comptes 603 et 73 (donc le solde de ces
comptes correcteurs) exprime la variation nette de l'exercice,
contrepartie d'une augmentation globale de chaque stock (diminution de
charge 603 ou augmentation de produits 73) ou d'une diminution globale de
chaque stock (augmentation de charge 603 ou diminution de produits 73).
Dans le premier cas d'augmentation du stock l'entreprise a, globalement,
"mis en stock" ; dans le second elle a "pris sur son
stock".
b) En fin d'exercice
Les comptes 603 et 73 sont virés dans le compte 13 de détermination du
résultat, donc soldés comme tous les comptes de charges et de produits.
Pour les stocks dont l'entreprise est déjà propriétaire, mais qui ne sont
pas encore réceptionnés, car en voie d'acheminement vers l'entreprise ou vers
un dépositaire ou un consignataire, l'entreprise utilise le compte :
38 – STOCKS EN COURS DE ROUTE, EN CONSIGNATION OU EN DEPÔT
Ce compte fonctionne comme les autres comptes de stocks soit en inventaire
intermittent (ajustement en fin d'exercice), soit en inventaire permanent (tout
au long de l'exercice), afin de suivre les stocks selon leur lieu de détention
(en cours d'acheminement, en consignation, en dépôt...) par le débit et par le
crédit des comptes 603 et 73.
Les comptes d'en-cours 34 "Produits en cours" et 35 "services
en cours" sont valorisés et mis à jour. Ils sont mouvementés par débit et
crédit du compte 73 (annulation stock initial ; constatation stock final).
Ces corrections peuvent être faites chaque mois si l'entreprise établit des
états financiers mensuels.
Toutes les corrections de valorisation apportées aux montants figurant dans
les comptes de stocks pour assurer la conformité aux normes de la comptabilité
générale sont effectuées par débit et crédit des comptes 603 et 73 à la clôture
de l'exercice.