Les très petites entreprises (T.P.E.), dont le chiffre d'affaires ne dépasse
pas les seuils fixés par le présent Acte uniforme, distincts selon qu'il s'agit
d'entreprises de négoce, d'entreprises de services, ou d'entreprises
artisanales, ont la possibilité d'utiliser un système comptable très simplifié,
fondé sur leurs encaissements et leurs
décaissements, et appelé "Système minimal de trésorerie" (S.M.T.)
ou comptabilité de trésorerie.
Les seuils sont fixés en termes de recettes annuelles et sont
respectivement de 30 000 000 F CFA
pour les entreprises de négoce, 20 000
000 F CFA pour les entreprises artisanales et 10 000 000 F CFA pour les entreprises de services.
Cette comptabilité de
trésorerie repose sur les mouvements de
trésorerie (recettes ou encaissements, dépenses ou décaissements) de
l'entreprise.
Dans une comptabilité
ordinaire (Système normal ou Système allégé), les enregistrements comptables
sont justifiés par la naissance et l'extinction des créances et des dettes de
l'entreprise. Dans la comptabilité de trésorerie, ils ont pour seul fait
générateur :
-
l'entrée en trésorerie, appelée recette, ou
encaissement ;
-
la sortie de trésorerie, appelée dépense, ou
décaissement.
Il faut entendre par
trésorerie l'ensemble des avoirs de l'entreprise en caisse (billets, pièces...), en banque et aux chèques postaux.
Les entrées et les sorties
de trésorerie dûment enregistrées permettent de calculer le résultat de l'exercice, par différence
entre les recettes et les dépenses.
Dans certains cas, cette
différence fournit directement le "résultat" de l'exercice. Le
résultat apparent
"Recettes – Dépenses" doit être corrigé, le plus souvent, en plus ou
en moins, pour tenir compte des divers mouvements de trésorerie qui ne sont pas
liés au résultat.
A — égalité de base
Résultat
= Recettes — Dépenses
Ce cas extrêmement simple n'est pas
rare dans les très petites entreprises (commerces notamment, et services). Il y
a :
-
bénéfice
si Recettes > Dépenses ;
-
perte
si Recettes < Dépenses.
Pour que cette comparaison élémentaire soit possible,
d'une part, et satisfaisante, c'est-à-dire représentative du résultat, d'autre
part, il faut que soient réunies les conditions suivantes :
1.
Enregistrement systématique et fiable, tout au long de l'exercice, des recettes
et des dépenses
La fiabilité de ces enregistrements est liée :
-
à
l'existence d'un support régulièrement
tenu : livre de trésorerie (Recettes et Dépenses) ou livre de recettes
et livre de dépenses ;
-
à
la conservation, en appui des écritures, des
pièces justificatives d'origine interne ou externe : factures de
ventes, d'achats de biens et de services, notifications d'impôts, bulletins de
paie, etc.
2. Absence d'éléments
perturbateurs du calcul du résultat
En effet si :
-
les
recettes ne proviennent que des ventes de l'exploitation,
-
les
dépenses ne concernent que les achats et les charges diverses de
l'exploitation,
-
alors
Résultat = Recettes – Dépenses.
Il est aussi admis l'égalité précédente dans le cas où Recettes et
Dépenses comportent très peu d'éléments étrangers au calcul du résultat,
c'est-à-dire sont d'un niveau "non significatif".
En pratique, cette approche
très simplificatrice concerne les cas d'entreprises dans lesquelles :
a) Toutes les ventes se font au comptant, de même que tous les achats et paiements de charges
diverses.
On peut assimiler à ce cas les entreprises dans lesquelles
les crédits moyens accordés aux clients ou obtenus des fournisseurs conservent
sensiblement la même durée d'une année à l'autre, pour un chiffre d'affaires et
un niveau d'activité qui restent sensiblement les mêmes.
b) L'entreprise n'a pas de stocks, ou en a très peu (stocks estimés par rapport au chiffre
d'affaires), ou encore un niveau plus important de stocks qui demeure
sensiblement le même d'un exercice à l'autre.
Il en est de même pour les "travaux en
cours" (bâtiment notamment).
c) Durant l'exercice, l'entreprise n'a ni acquis ni
revendu d'équipements pour des
montants significatifs, et son équipement global est d'un montant global
relativement faible.
d) Elle n'a pas non plus souscrit ou remboursé
d'emprunts pour des montants significatifs. Ce point est en général corrélé
fortement au point c.
e) L'exploitant n'a pas effectué de retraits
personnels de fonds, ni de versements complémentaires de capital.
En définitive, si les
conditions ci-dessus sont réunies, la simple tenue du registre de trésorerie :
-
fournit
le résultat de l'exercice (voire en
cours d'exercice) ;
-
permet
d'établir à la clôture de l'exercice une "situation" sommaire (cf. Section 2).
B — corrections nécessaires du résultat apparent
Le cas simplificateur présenté en A est loin d'être rare s'il est fait
abstraction du point e). Il peut être estimé que près de la moitié des petites
entreprises du secteur "informel" en réunissent les conditions, sous
réserve des retraits et des apports de l'exploitant.
Il convient donc, pour les autres entreprises,
d'assurer en fin d'exercice un passage
du résultat apparent de trésorerie au résultat effectif par des corrections
tenant compte des éléments a), b), c) et d) ; et pour pratiquement toutes
les entreprises, de l'élément e).
1. Principe des
corrections de fin d'exercice
Durant l'exercice, les opérations restent
enregistrées en Recettes et Dépenses. Toutefois, un repérage de leur nature est indispensable pour pouvoir les ajouter
ou les retrancher au résultat apparent.
Exemple
Résultat apparent 1000000.
Durant l'exercice, il a été
noté dans les Recettes 300000 de nouvel apport de l'exploitant (à la suite d'un
gain à la loterie nationale) et dans les dépenses 1280000 de retraits
personnels pour les besoins familiaux.
Dans cet exemple, il s'agit
d'éléments du type e) ci-dessus, qui sont observés dans la plupart des cas
(retraits personnels).
Résultat effectif :
1.000.000 — 300.000 (apport) + 1.280.000 (retraits) = 1.980.000.
2.
Progressivité (modularité) des corrections
Les corrections ne sont à opérer que si les éléments
a) à e) sont significatifs. D'un exercice à l'autre et d'une branche d'activité
à l'autre, elles peuvent s'avérer inutiles pour certaines d'entre elles.
Exemples
Dans une branche d'activité où les crédits clients
et fournisseurs sont inexistants ou quasi nuls les opérations, dans leur
quasi-totalité, se font au comptant. Il est donc inutile d'introduire une
correction "d'en-cours commercial". Ce cas se rencontre le plus
souvent dans les petits commerces.
Dans une entreprise dont le stock final reste
pratiquement du même montant que celui du stock initial, la correction de
variation du stock est inutile.
En conséquence l'entreprise procède, le cas échéant,
aux corrections suivantes à la clôture de l'exercice :
-
correction
d'en-cours commercial :
variation globale du total net (algébrique) des créances clients et des dettes
fournisseurs d'exploitation (fournisseurs, organismes sociaux, Etat...) ;
-
correction
de stocks et en-cours ;
-
correction
d'amortissements, dans le cas où les
équipements et leurs amortissements sont relativement importants.
Les autres corrections prévues aux points c), d) et e) ci-dessus ne
pourraient être opérées qu'en fin d'exercice, ce qui suppose qu'au cours de l'exercice les
opérations concernées (apports et retraits de fonds ; emprunts et
remboursements ; acquisitions d'équipements ; parfois, cessions...)
aient été méthodiquement notées. L'enregistrement de ces mouvements au fur et à
mesure de leur survenance est facilité grâce à une organisation comptable
minimale.
Aussi, le système de
trésorerie présenté dans le SYSTÈME COMPTABLE OHADA se caractérise-t-il par une
souplesse et un caractère modulaire, qui conduit à développer l'analyse
comptable en fonction des caractéristiques de l'activité de l'entreprise.
Dans
sa conception de base, le S.M.T. est axé sur la détermination du résultat. Toutefois, grâce à une
récapitulation des mouvements respectant le principe de la "partie
double", il conduit à l'établissement d'un bilan, très simplifié dans la forme élémentaire du système, mais
relativement complet lorsque l'entreprise utilise toutes les possibilités du
système. Le Système minimal de trésorerie prépare ainsi l'entreprise en
développement au passage vers la sphère comptable formalisée, celle du Système
allégé.