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Nouveau rapport du PNUD : Un point tournant pour l'égalité des sexes en Asie-Pacifique

PNUD - Programme des Nations Unies pour le Développement-12/03/2010 12:45:00

Si la région Asie-Pacifique peut s'enorgueillir de la dynamique transformation économique des dernières décennies, cette transformation ne s'est pas accompagnée de progrès en matière d'égalité des sexes.

La discrimination et la négligence mettent en cause la survie des femmes dans la région, où elles pâtissent de certains des taux les plus faibles au monde de représentation politique, d'emploi et de propriété foncière. Leur manque de participation a également pour effet de déprimer la croissance économique.

Tels sont certains des constats du Rapport sur le développement humain dans la région Asie-Pacifique 2010 parrainé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) qui a été lancé aujourd'hui.

« L'autonomisation des femmes est indispensable à la réalisation des objectifs de développement généraux ainsi qu'au renforcement de la croissance économique et du développement durable », a dit aujourd'hui l'Administrateur du PNUD Helen Clark lors de la cérémonie de lancement du rapport intitulé Power, Voice and Rights: A Turning Point for Gender Equality in Asia and the Pacific [Pouvoir, voix et droits : point tournant pour l'égalité des sexes dans la région Asie-Pacifique]. « La politique, a-t-elle noté, doit favoriser l'égalité des sexes, de manière à ce que les femmes puissent, comme les hommes, bénéficier de la création d'emploi et des investissements dans l'infrastructure sociale. »

Le rapport se concentre sur trois domaines clés, à savoir le pouvoir économique, le processus décisionnel politique et les droits reconnus par la loi, pour analyser ce qui freine la promotion des femmes et comment l'on peut modifier les politiques et les attitudes pour favoriser la progression vers l'égalité des sexes. L'Asie, note le rapport, est parvenue à une croisée de chemins et, par la mise en place des politiques voulues dès aujourd'hui, les pays de la région pourront instaurer des changements positifs.

Coûts de la discrimination

Le manque de participation des femmes à la force de travail coûte à la région des milliards de dollars par an. Selon des estimations conservatrices, dans les pays tels que l'Inde, l'Indonésie et la Malaisie, le PIB pourrait augmenter de 2 à 4 % par an si les taux d'emploi des femmes augmentaient pour se situer à 70 %, niveau plus proche de celui de nombreux pays développés.

Les femmes sont moins nombreuses que les hommes à occuper des emplois rémunérés dans tous les pays de la région, l'Asie du Sud et l'Asie de l'Est présentant toutefois des contrastes marquants. Près de 70 % des femmes de l'Asie de l'Est ont un travail rémunéré, soit bien davantage que la moyenne mondiale de 53 %, dans des pays tels que le Cambodge, la Chine et le Viet Nam, par exemple. En revanche, en Asie du Sud, en Inde et au Pakistan par exemple, moins de 35 % des femmes ont des emplois rémunérés. Le contraste sur ce point entre les deux sous-régions s'inscrit en parallèle à la tendance à la croissance en long terme, plus forte en Asie de l'Est.

Malgré des lois qui garantissent un salaire égal à travail égal, la rémunération des femmes est toujours considérablement inférieure à celle des hommes dans la région, l'écart variant de 54 % à 90 %. Les femmes « se retrouvent systématiquement à occuper certains des emplois les pires et les moins payés, qui sont souvent des emplois dont les hommes ne veulent pas ou qui sont considérés comme étant « naturellement » des emplois féminins », note le rapport.

Les indicateurs de la condition féminine: souvent faibles dans la région

L'Asie du Sud se classe souvent à l'avant dernier rang mondial selon les indicateurs d'égalité des sexes, immédiatement avant l'Afrique subsaharienne, l'Asie de l'Est ayant souvent, elle, de meilleurs résultats dans les domaines de la santé, de l'éducation et de l'emploi.

C'est ainsi, par exemple, que près de la moitié des femmes adultes d'Asie du Sud sont illettrées, leur taux d'alphabétisation étant le plus faible du globe, alors que dans la région Asie de l'Est et Pacifique, les taux d'alphabétisation des femmes se situent au-dessus de la moyenne mondiale. L'espérance de vie des femmes d'Asie du Sud est inférieure de cinq ans à celle des hommes. Et le taux de décès de femmes à l'accouchement est plus fort dans cette sous-région, soit 500 décès pour 100 000 naissances vivantes, que partout ailleurs au monde, sauf en Afrique subsaharienne.

Petit nombre de femmes exerçant des fonctions politiques

Les femmes de la région Asie-Pacifique ne détiennent qu'une poignée de sièges parlementaires, moins que nulle part ailleurs, à l'exception de la région des États arabes, et accèdent rarement à des fonctions élues. La sous-région du Pacifique compte quatre des six pays au monde ne possédant pas de femmes parmi leurs législateurs.

Le niveau de développement n'est toutefois pas nécessairement lié à une forte participation des femmes à la vie politique; au Japon et en République de Corée, par exemple, les femmes n'occupent que 10 % des sièges législatifs. On note par ailleurs, fait intéressant, que les pays émergeant de conflits semble offrir de meilleures possibilités politiques aux femmes : 33 % des parlementaires du Népal et près de 30 % des parlementaires du Timor-Leste sont des femmes.

L'application de quotas pour réserver aux femmes des sièges au sein d'organes politiques peut être efficace, ainsi qu'il apparaît des progrès accomplis dans les instances gouvernementales locales en Inde. Mais pour que le niveau de participation se maintienne, il faut, suggère le rapport, que les quotas soient accompagnés de dispositions constitutionnelles, d'une formation au leadership et de réforme des partis politiques pour amener les femmes à entrer de plain-pied dans la vie politique sur la base de leurs propres mérites.

Des femmes qui disparaissent

On assiste à une aggravation du problème des « filles manquantes », qui provient de naissances plus nombreuses de garçons que de filles, attribuées à des avortements plus fréquents de foetus de sexe féminin, ainsi que de décès féminins plus nombreux en raison de carences des soins de santé et de la nutrition. Le déséquilibre entre les sexes à la naissance est le plus marqué en Asie de l'Est, où il nait 119 garçons pour 100 filles.

La Chine et l'Inde compte plus de 85 millions de « femmes manquantes » sur les près de 100 millions dont on estime qu'elles sont mortes du fait d'une discrimination en matière de soins de santé, d'accès à la nutrition ou de négligence pure, ou parce qu'elles ne sont pas nées, constate le rapport.

Ici, un dixième des femmes déclarent avoir été agressées par leur partenaire et la majorité des femmes qui travaillent, jusqu'à 85 % des femmes actives en Asie du Sud, exercent des métiers inférieurs et ont des emplois instables dans l'économie informelle.

Peu de femmes possèdent des propriétés foncières. Bien qu'elles occupent une place prédominante dans l'agriculture, elles ne dirigent que 7 % des exploitations agricoles, contre 20 % dans la plupart des autres régions du monde.

« L'inégalité des sexes omniprésente constitue un obstacle au progrès, à la justice et à la stabilité sociale, et prive la région d'une source important de potentiel humain », conclut le rapport.

Des lois retardataires

Les dispositions législatives en vigueur n'aident guère. La région marque un retard considérable dans divers domaines fondamentaux, tels que la protection des femmes contre la violence, le respect des droits acquis en matière de propriété, et même les mesures qui permettent aux gens de divorcer de façon raisonnable et en toute connaissance de cause.

Rares sont les pays qui ont adopté ou appliqué des lois interdisant la violence à l'égard des femmes, malgré les rapports fiables faisant été de discrimination et d'agressions. Près de la moitié des pays de l'Asie du Sud et plus de 60 % des pays du Pacifique ne possèdent pas de lois contre la violence domestique. On constate également l'absence de dispositions pour combattre le harcèlement sexuel dans les lieux de travail, bien que 30 % à 40 % des femmes qui travaillent déclarent avoir fait l'objet d'agressions verbales, physiques ou sexuelles.

« Trop souvent, les coutumes ou les croyances religieuses sont invoquées pour justifier le fait que les lois et les systèmes juridiques négligent, minimisent ou même, dans les pires cas, justifient des pratiques discriminatoires, en matière d'héritage par exemple, et les multiples formes de violences visant spécifiquement les femmes », a noté Anuradha Rajivan, directrice de l'équipe multinationale qui a élaboré le rapport.

Par ailleurs, signale le rapport, de nombreuses femmes se voient également refuser l'accès à la justice si cela met en cause leur mari, d'autres membres de la famille ou le statu quo général.

La région à la croisée des chemins : recommandations

L'élimination des obstacles qui s'opposent à ce que les femmes puissent posséder des biens, tels que la terre, l'expansion de l'emploi rémunéré, les mesures visant à assurer la sécurité des migrations et l'investissement dans des services d'éducation et de santé de haute qualité figurent parmi les principales solutions préconisées face à ces problèmes.

Le rapport recommande des réformes constitutionnelles, une formation des personnels de l'appareil judiciaire et des forces de l'ordre aux pratiques sensibles aux sexospécificités et une interprétation progressiste des principes religieux qui reconnaîtrait la valeur égale de tous les êtres humains. Il pourrait y avoir lieu d'application des quotas, ainsi que des sanctions en cas de non respect, pour accroître la participation des femmes à la vie politique. Les femmes pourraient aussi bénéficier d'une promotion plus résolue dans les partis politiques et l'on pourrait faire appel à elles en tant que médiatrices en faveur de la paix en temps de crise.

« L'égalité des sexes n'équivaut pas à une parfaite similitude; elle englobe au contraire le respect de la diversité et des libertés, a déclaré Mme Rajivan. En dernière analyse, c'est une question de volonté politique impulsée par une action publique. Mais l'égalité ne peut pas venir exclusivement d'en haut; une authentique transformation exige aussi un changement attitudinal de la part de chacun de nous. »

AU SUJET DU RAPPORT SUR LE DÉVELOPPEMENT HUMAIN DE LA RÉGION ASIE-PACIFIQUE : Les rapports sur le développement humain de la région Asie-Pacifique sont aujourd'hui une série de publications régulières du Bureau régional du PNUD pour l'Asie et le Pacifique. Ils fournissent des analyses en continu des questions de développement essentielles s'inscrivant dans le long terme et intéressant les pays ainsi que l'ensemble de la région. La série des rapports sur le développement humain de la région Asie-Pacifique offre à la région une plate-forme propice aux dialogues et aux débats visant à appuyer un développement axé sur les gens.

AU SUJET DU CENTRE RÉGIONAL DU PNUD POUR LA RÉGION ASIE-PACIFIQUE : Le Centre régional du PNUD pour la région Asie-Pacifique a été établi à Colombo en janvier 2005 pour desservir les pays de la région. Centre de connaissances et d'expertise en matière de développement, il fournit des services de conseils de politiques, de renforcement des capacités et de plaidoyer. Le PNUD est à l'oeuvre dans 37 pays de la région Asie-Pacifique.

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